Fragments d'ombre

Il existe des créations qui ne naissent pas seulement de la matière, mais aussi

du silence, de l'usure et de ce qui reste en dedans.

 

ici je laisse quelques fragments respirer autrement...

Lit de roses

Je ne suis pas né dans quelque chose de tendre.
J’ai appris très tôt que certaines beautés portaient des épines sous la peau.


Alors j’ai grandi dans les silences trop lourds, dans les 

regards qu’on baisse, dans les blessures qu’on habille
pour qu’elles paraissent presque belles.


Et malgré tout, j’ai continué à créer comme on dépose un cœur fatigué sur un autel trop froid en espérant encore
qu’il batte pour quelque chose.


Je l’ai recommencé trois fois, non pas pour le rendre plus propre, mais pour qu’il porte enfin la bonne fissure, la bonne tension, la bonne vérité.


Parce qu’il y a des œuvres qui ne demandent pas 

seulement du temps.


Elles exigent qu’on leur abandonne un peu de soi.


Alors je suis revenu à elle comme on revient à une douleur ancienne, non pour l’effacer, mais pour lui donner enfin un visage digne de ce nom.


Et s’il faut un endroit où laisser reposer ce qu’il reste de moi, qu’il soit fait de beauté, de silence et de blessures en fleurs.


Qu’il soit, au moins une fois, un lit de roses...

Né dans le silence

Il y a des présences qui ne naissent pas dans le bruit.

Elles viennent doucement, dans la poussière 

suspendue, au milieu des outils fatigués, des gestes répétés et des lumières trop blanches qui veillent tard sur la matière.

Avant d’avoir un nom, avant d’avoir une place dans le monde, il n’y a parfois qu’un souffle 

discret, une forme encore fragile, quelque chose qui s’assemble sans demander la permission 

d’exister.

Quelque chose de calme. Quelque chose de

fidèle.
Comme une petite présence muette venue 

apprendre la vie dans l’ombre silencieuse de l’atelier.

Memento Mori
 

Je ne l’ai pas façonnée pour glorifier la mort.


Je l’ai faite pour ne pas oublier qu’elle marche déjà 

doucement à côté de chacun de nous.
 

Depuis que mon souffle s’abîme, je comprends autrement
la fragilité des jours.

 

Il y a des batailles qui ne font pas de bruit.
 

Elles ne saignent pas au sol.
 

Elles avancent lentement, dans la poitrine, dans la fatigue,
dans l’air qui manque là où avant il venait sans qu’on y pense.

 

La faucheuse ne crie pas toujours.

Elle use. Elle grignote. 

Elle prend un peu chaque jour et laisse le corps apprendre
à vivre avec moins.

 

Moins de souffle. Moins d’élan. Moins de légèreté.
Mais pas moins de conscience.
 

Alors j’ai donné un visage à cette présence silencieuse.
Non pas pour lui céder, mais pour la regarder en face.
Pour me rappeler que tout est fragile.

 

Que tout passe.

Que chaque souffle compte quand on sait qu’il n’est jamais promis.
 

Memento mori.

Souviens-toi que tu vas mourir.
Et puisque je le sais, j’essaie encore de laisser quelque chose de vivant dans ce qui me reste d’air.

Questions sans réponse 

Il y a des jours
où l’esprit serre plus fort que les mains.

Des jours où tout revient cogner derrière le front, où les souvenirs, les manques et les silences mal enterrés refont surface comme s’ils réclamaient encore quelque chose qu’on n’a jamais su leur donner.

Alors je tiens ma tête
comme on retient un mur fissuré.
Pas pour empêcher le monde d’entrer.
Mais pour éviter que tout ce qui vit en dedans ne s’effondre d’un seul coup.

Je me pose encore des questions sans bouche,
des questions sans réponse,
des questions qui traversent les nuits et s’installent dans 

le crâne comme des ombres qui connaissent déjà 

le chemin.

Pourquoi certaines douleurs
continuent-elles de respirer en nous longtemps après la 

fin ?

Pourquoi certains vides
gardent ils encore le poids de ce qu’ils ont perdu ?

Je ne cherche plus toujours à comprendre.

Je sais maintenant
que certaines choses
ne veulent pas être guéries, seulement portées.

Alors je les garde là,
dans la peau, dans les os, dans le silence serré de ce que je n’arrive pas encore à faire taire...

Tout ce qui ne se dit pas finit toujours par peser quelque part.

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